assises

Dimanche 15 mai s’est tenu à Paris la seconde édition des Assises de la lutte contre la haine sur le Net, organisée par l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), SOS Racisme et SOS Homophobie. A La Fabrique, nous avons tenu à être présents en tant qu’organisme de jeunesse et acteur engagé dans la lutte antiraciste.

Cette rencontre avait deux objectifs principaux :

dénoncer les propos de haine qui circulent sur les grandes plate-formes de l’Internet que sont Facebook, Twitter et YouTube (racisme, antisémitisme, homophobie, sexisme, négationnisme et apologie de crimes contre l’Humanité..)

pointer l’irresponsabilité de ces hébergeurs quant à leur obligation légale de modération de tout propos discriminatoire susceptible de heurter un individu ou un groupe de personnes.chaises vides

Dans ce cadre, quelques 200 participants ont pu déambuler tout l’après-midi dans les locaux de l’ESGCI (Paris 11e), et assister à différents ateliers animés par des intervenants de qualité parmi lesquels des membres d’associations, des élu(e)s, des avocats ou des spécialistes du numérique, qui ont traité la problématique sous divers angles.

A la conférence d’ouverture, trois chaises vides symbolisaient l’absence des acteurs concernés, qui n’ont pas daigné envoyer leurs représentants afin qu’un débat constructif puisse se faire…

 

Les résultats du testing

resultat testing

Afin d’illustrer l’étendue des dégâts, une campagne de testing a été lancée du 31 mars au 10 mai, à laquelle ont pris part des militants des trois associations organisatrices des assises, et qui consistait au signalement de tout propos manifestement illicite.

Sur 586 contenus racistes, antisémites, homophobes, négationnistes et sexistes, seuls 34% des contenus signalés à Facebook ont été supprimés, une proportion qui tombe à 7% concernant YouTube, et à 4% pour Twitter, le plus mauvais élève. On constate donc que la plupart des signalements ne font l’objet d’aucune suppression, en dépit de la loi du 21 Juin 2004 dite « pour la confiance dans l’économie numérique » dont l’article 6 stipule que les hébergeurs ont l’obligation de retirer (dans un délai raisonnable) tout propos illicite dès lors qu’ils en ont pris connaissance : il s’agit d’un contrôle a posteriori. D’ailleurs, ces firmes ont signé il y’a peu un code de bonne conduite avec la Commission Européenne où elles s’engagent à contrer les discours haineux illégaux en promouvant un « contre discours indépendant » et à examiner la majorité des signalements dans les 24h.

Pourtant, vu les résultats du testing, on n’a pas tellement envie d’avoir confiance..!

Assignations en Justice

Les trois géants d’Internet ne respectant pas la loi, l’UEJF, SOS Racisme et SOS Homophobie ont donc décidé, dans le prolongement des assises et s’appuyant sur les données du testing, de les assigner en référé afin qu’elles rendent compte de l’inefficacité de leur politique de modération (Comment cela fonctionne t-il? Quel est le profil des modérateurs ? Quel est le taux de retrait?), et pour les forcer à se conformer à la législation française en la matière. Leur comparution est fixée au 19 juillet prochain devant le Tribunal de Grande Instance de Paris.

C’est ainsi qu’en 2013, l’UEJF avait obtenu de Twitter que soit mis en place un système de signalement au niveau international qui empêche racistes et antisémites de déverser leur haine impunément sur ce réseau social.

Plus récemment encore, Reynaldo Gonzales, un Américain dont la fille a perdu la vie dans les attentats de novembre à Paris, a déposé une plainte contre Facebook, Google et Twitter, en leur reprochant de laisser l’État islamique diffuser sa « propagande extrémiste » sur leurs plate-formes. La plainte a été déposé au tribunal de première instance du district Nord de Californie, ce qui prouve bien que le problème est international et dépasse largement les frontières européennes !

partenaires

Apprendre à vivre ensemble

Au delà des considérations purement juridiques, c’est en fait une autre question qui nous est posée en tant que citoyens : dans quelle société voulons-nous vivre ?

A l’origine les trois plate-formes mises en cause sont de culture américaine. Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’elles ont une vision différente de la notre de ce qu’est la liberté d’expression, puisque la Cour Suprême américaine autorise à peu près toute sorte de propos, tant que la vie humaine n’est pas directement menacée.. Or, nous considérons à La Fabrique que des multinationales, aussi gigantesques et puissantes soient-elles, ne doivent et ne peuvent se soustraire à la loi française ! A nos politiques, donc, de les y contraindre !

Et à ceux qui opposent l’argument de la délocalisation à quiconque voudrait réguler davantage la diffusion massive des propos de haine sur le Net, nous leur répondons qu’aucun hébergeur n’a intérêt à abandonner un juteux marché de 32 millions d’utilisateurs (près de la moitié de la population) !

Responsabilité des politiques d’une part, responsabilité de la société civile de l’autre.

Dans quelle mesure chacun de nous fait-il son possible pour tenter de freiner cette déferlante de haine sur les réseaux sociaux, qui peut se transposer aisément dans la vie quotidienne et conduire à des drames, comme on l’a vu récemment avec le suicide en direct d’une jeune femme de 19 ans sur l’application Périscope ?

Des associations prennent déjà le relais de ce combat dans la société civile.

Dans le cadre du programme CoExist, par exemple, la Fabrique s’associe à SOS Racisme et à l’UEJF pour assurer des interventions en milieu scolaire sur la déconstruction des préjugés racistes et antisémites, mais aussi sexistes et homophobes, le but étant de favoriser le vivre-ensemble.

C’est une belle cause, à laquelle chacun(e) peut prendre part ! L’enjeu, dans un avenir proche, étant de limiter partout la progression de ces discours de haine, sans pour autant faire figure de censeurs…

Un adhérent de la Fabrique

engagé dans la lutte antiraciste

sources images :

affiche des assises

Chaises vides

résultats du testing

Partenaires